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Indomptable - Un Sous-Marin Nucléaire Lanceur d'Engins - Son dernier voyage
article posté le 06-03-2005 à 00:00:00, par Jean-Luc DELAETER

Sur maville.com



L'actualité du mercredi 6 avril 2005.




À bord du sous-marin nuclaire pour ses dernières 24 heures

L'Indomptable est arrivé hier à Cherbourg où il va être désarmé. Après 80 patrouilles, le sous-marin nucléaire de première génération avait quitté Brest la veille pour une ultime mission. Récit de ce dernier voyage.


- 10 h 45, lundi, à Brest. Cale de l'Épi 3. Sur le pont missiles, quelques sous-mariniers s'impatientent. La pluie fouette les visages. Des flashes crépitent. Le préfet maritime retrace brièvement 30 ans de missions. Sur l'air des équipages de la flotte, les coupées sont retirées, puis les amarres lâchées. L'indomptable appareille rapidement. Sous escorte. Du haut du château, le commandant et son second veillent aux manoeuvres. Sans émotion apparente. Marins de l'ombre, qui font du silence leur principal allié. Le patrouilleur Germinal ouvre la route. C'est lui qui prendra contact avec les navires susceptibles de croiser le chemin du sous-marin nucléaire. La vedette de l'amiral suit à tribord. Cap sur Cherbourg.



- Dans le goulet de Brest, un hélicoptère Alouette survole la zone et les côtes. En surface, L'Indomptable, force de dissuasion de la Marine nationale, reste vulnérable. La mer d'Iroise s'ouvre enfin. Visibilité faible mais mer calme. Le SNLE première génération va transiter à flot jusqu'à Cherbourg. Impossible de plonger : sans ses missiles, le bateau affiche 900 tonnes de moins. Trop léger.

- Dans ses entrailles, les 128 marins sont à leur poste. Techniciens, ingénieurs, manoeuvrier, mécaniciens, cuisiniers, barreurs, détecteurs d'acoustique... Plus de 50 spécialités sont représentées. Sans oublier le médecin, le plongeur ou encore le chimiquier.

- 70 jours de patrouille

- Au centre opérationnel, sous la passerelle de quart appelée aussi la fosse ou le kiosque, c'est l'effervescence. Chaque navire aux alentours est repéré et identifié. « Je prends le pêche au sonar. Azimut 2-7-2. » Un marin s'installe au périscope. La route du chalutier est tracée selon sa vitesse, sa direction. « Navire non menaçant »... La route continue. Sans trop savoir où l'on est.

- « En mission, mis à part le commandant, personne ne sait où on se trouve, même pas l'État major. Une zone immense est définie au départ par les hautes instances, ensuite c'est selon le pacha », explique le second. Pas trop frustrant ? : « Non, que l'on soit au large de Brest ou au large des côtes américaines, c'est pas un problème, répond un marin. L'important pour nous, c'est de rentrer le jour J. » Au terme de 70 jours de patrouille passés au milieu de nulle part sans aucun contact avec l'extérieur. « Quand il arrive un drame familial, j'attends parfois le dernier moment pour l'annoncer », explique le commandant. C'est aussi son rôle.

- Six fois Hiroshima

- Salle des machines. C'est là que se trouve que le coeur du sous-marin à propulsion nucléaire. Difficile d'en savoir davantage. Secret défense. Toujours à l'arrière de L'Indomptable, la « salle d'armes » s'ouvre. Habituellement, le sous-marin est doté de 16 missiles balistiques M 45 surmontés de six têtes thermonucléaires. « Un missile c'est 6 fois Hiroshima », explique l'officier d'arme qui officie également dans la fosse comme chef de quart. Seul, le commandant peut sur ordre d'État composer le code de propulsion. « Larguer un missile ? Si, il y a forcément un cas de conscience, mais ce n'est pas un commandement comme les autres... », nuance le pacha.

- Direction ensuite le carré des officiers. L'ambiance est chaleureuse, le ton décontracté. « Ce qui va nous manquer ce n'est pas vraiment le bateau. C'est sûr, c'est toujours triste de voir un bateau partir à la casse. Jusqu'au bout on l'a entretenu, il est encore opérationnel. Mais le plus dur, c'est que l'équipage sera éclaté. » A l'évocation du syndrome J 40, les sourires se crispent. Un mythe ? « Oui », avance ce marin avec pudeur. Et pourtant, il existe bel et bien : « A mi-parcours au 40e jour certains dépriment. Ce jour-là on organise une petite fête avec repas amélioré et on fait la cabane. C'est-à-dire qu'au lieu de compter, on commence à décompter les jours... »

- Au carré du commandant, l'heure est au briefing. Le second annonce le déroulement de la journée du lendemain (conditions météo, route , points d'alignements à terre...). En dessous, les deux cuistots du bord s'affairent : « La bouffe, c'est essentiel pour le moral de l'équipage. » En patrouille, ils débordent d'imagination pour éviter la routine : « Le mardi, c'est repas à thème : cuisine asiatique, créole, régionale... Le jeudi, le repas est amélioré et le dimanche, plats à la carte. »

- La journée s'étire. A la passerelle en haut du château, les marins du quart de nuit veillent. Toujours en relation avec le centre opérationnel. Une échelle plus bas, dans la « baignoire », d'autres tirent sur leurs cigarettes. « En plongée, c'est impossible. Il y a de l'eau à ce niveau. » L'Indomptable pousse la mer à 12 noeuds. Un léger roulis fait tanguer le sous-marin, tel un bouchon dans l'eau, de gauche à droite. Dans les chambres, on sent la coque craquer légèrement.

- Le lendemain, 7 h. Branle-bas de combat. Le commandant est déjà à poste dans la fosse. Il vit ses derniers moments de pacha de L'Indomptable, avant de prendre le commandement de L'Inflexible, un autre SNLE de la première génération.

- Aux environs de 9 h, la grande rade du port de Cherbourg se dessine. Pilotine, pousseurs et remorqueurs s'approchent, puis à la manière d'un étau, prennent en charge le sous-marin, jusqu'à son dernier port d'accostage après trente ans au fond des mers. Dans quelques mois, il sera entièrement désossé, « pour finir à la ferraille ». Cruel destin pour L'indomptable.

- Bertrand KERSAUDY.


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